En octobre, à l’occasion du Mois de l’ergonomie, Via Prévention vous propose de faire le point sur les risques ergonomiques en milieu de travail. Comment les reconnaître, évaluer leur importance et déterminer les mesures correctives à privilégier ? À l’aide d’un exemple concret lié à la manutention, découvrez les principaux éléments à observer et les pistes de solution pour prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS). Une démarche qui vous permettra de mieux comprendre les risques et de réfléchir aux améliorations possibles dans votre entreprise.
Sauriez-vous identifier les risques liés à l’ergonomie sur cette photo ?

Soulever une boîte, déplacer du matériel ou transporter une charge fait partie du quotidien de nombreux travailleurs. Pourtant, ces gestes peuvent solliciter le corps de façon importante, particulièrement lorsqu’ils sont réalisés dans une posture contraignante, avec un effort excessif ou de manière répétée.
Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, touchent entre autres les muscles, les tendons, les ligaments, les articulations et parfois les nerfs. Ils peuvent affecter le dos, les épaules, le cou ou les membres. Ils peuvent apparaître soudainement ou se développer progressivement lorsque les exigences du travail dépassent la capacité des tissus à s’y adapter. Des douleurs, des raideurs ou une fatigue localisée sont des signes auxquels il faut porter attention.
Pour prévenir ces troubles, il faut observer la tâche dans son ensemble : la charge manipulée, les mouvements effectués, l’espace disponible et la façon dont le travail est organisé. Un exemple de manutention permet de voir comment plusieurs facteurs de risque peuvent se combiner.
Prenez un moment pour observer la photo ci-dessus. Quels éléments retiennent votre attention ? Pour vous aider à les repérer, voici les principaux risques illustrés.
La posture contraignante
- Le dos rond : solliciter les muscles du dos et non les abdominaux pour manutentionner une charge lourde.
- Ne pas respecter les courbures naturelles de la colonne vertébrale et donc augmenter le risque de blessures au dos.
La méthode de travail
- Manutentionner la charge seule. La charge semble trop lourde et trop longue pour être portée seule de façon sécuritaire.
- Cette méthode n’est pas sécuritaire et peut augmenter le risque de blessure au dos et aux épaules.
L’environnement de travail
- L’espace est encombré avec les boîtes éparpillées partout.
- Cela peut entraîner un risque de chute. Cela peut aussi occasionner des manutentions supplémentaires superflues en obligeant la manutentionnaire à tourner autour des boîtes par terre et donc à rallonger son parcours de manutention.
Savez-vous comment analyser et prioriser les risques ?
Repérer les risques constitue une première étape. Il faut ensuite évaluer leur importance pour déterminer les mesures à prendre en priorité. Dans notre exemple, les observations concernant la posture, la méthode de travail et l’environnement permettent d’amorcer cette réflexion.
L’analyse des risques
Classer ou hiérarchiser les risques permet d’orienter les priorités d’action. En faisant cet exercice, on peut attribuer une priorité aux risques et ainsi établir un classement ou une liste des mesures à prendre. En général, la priorité est établie en tenant compte de la probabilité et de la gravité.
La probabilité
La probabilité permet d’apprécier la possibilité qu’un dommage survienne. Le tableau suivant présente des repères pour alimenter l’analyse.
La probabilité que des blessures au dos surviennent est plus grande que le risque de chute puisque ce risque est présent dans toutes les situations identifiées : la posture contraignante, les manutentions superflues et la méthode de travail déficiente. Donc, dans cette analyse, le risque de TMS est traité avant le risque de chute.

La gravité
L’analyse doit également tenir compte des conséquences possibles d’une blessure. Le tableau suivant propose des repères.
La gravité de la blessure de TMS est plus importante, car elle va représenter plus de dommages physiques que les blessures dues aux chutes. Donc, dans cette analyse également, le risque de TMS est traité avant le risque de chute.

Toujours en vous fiant à la première photo, quelles mesures correctives auriez-vous pu mettre en place ?
Une fois les risques identifiés et les priorités établies, il est temps de choisir des solutions. En reprenant les trois éléments observés sur la photo : la posture, la méthode et l’environnement de travail, voici les mesures correctives à envisager.
Modifier la posture de travail contraignante
- Respecter la posture de travail sécuritaire : pieds face à la charge, épaules et pieds dans le même axe pour éviter les torsions, et respecter les courbures naturelles de la colonne vertébrale en pliant les genoux.
La méthode de travail
- Le travail à deux : permet la répartition équitable du poids de la charge et une manutention plus facile et sécuritaire lors des déplacements.
- La formation sur la manutention : apprendre les principes de manutention qui peuvent être appliqués dans le milieu de travail.
L’environnement de travail
- Préparer la manutention pour éviter les risques de chute et les manutentions inutiles.
- La préparation : vérifier les équipements et les rapprocher, ranger et désencombrer l’espace pour faire de la place et avoir un parcours de manutention en ligne droite, vérifier le poids de la charge et sa forme, et ainsi demander l’aide de collègues s’il y a lieu.
Une formation en manutention aide les travailleurs à comprendre ces principes et à les appliquer dans leurs tâches. Elle doit s’accompagner de conditions qui permettent de les mettre en pratique : équipements disponibles, espace suffisant et organisation du travail adaptée.
Comme une image vaut mille mots, voici un exemple de manutention à deux. La préparation du déplacement et la coordination entre les personnes demeurent primordiales.

Passer de l’observation à l’action dans votre entreprise
Cet exemple peut servir de point de départ à une discussion dans votre équipe. Quelles charges sont difficiles à manipuler ? À quels endroits les personnes doivent-elles se pencher, contourner des obstacles ou transporter du matériel sur une longue distance ? Quelles améliorations faciliteraient leur travail ?
La participation des travailleurs permet de mieux comprendre les difficultés et de choisir des solutions adaptées. Pour chaque mesure retenue, désignez une personne responsable et prévoyez une échéance. Après sa mise en place, retournez observer la tâche et échangez avec les personnes concernées pour vérifier si la solution réduit les contraintes et si des ajustements sont nécessaires.
Le Mois de l’ergonomie est une occasion de lancer cette réflexion et de la poursuivre dans les activités courantes de prévention. Vous souhaitez amorcer la démarche ou approfondir une situation de manutention ? Communiquez avec votre conseiller pour discuter de vos besoins en ergonomie et des ressources qui pourraient vous aider.
Bon Mois de l’ergonomie et faites de la prévention des troubles musculosquelettiques une priorité au quotidien.